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Le Sabre et la Plume

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Vendredi 20 mars 2009 5 20 /03 /2009 17:46

Le Général de Gaulle quitte en 1966 le commandement intégré de l'OTAN, non sans essuyer un certain nombre de critiques. Son plan était de donner à la France une indépendance nécessaire au recouvrement de sa position influente au sein d'un ordre mondial bipolaire. Il s'agissait de se donner la chance de suivre sa propre voie afin de tisser les liens politiques et diplomatiques sans subir le carcan pesant de la logique de blocs.

Cette position a subi ses premiers réajustements avec la chute du mur de Berlin et l'effondrement de l'Empire soviétique. L'environnement stratégique de l'Alliance ayant subi une transformation fondamentale, celle ci voyait la pertinence de son existence remise en cause.

Durant les années 90, l'OTAN évolue et quitte son habit de garant de l'intégrité de l'Europe pour endosser le rôle d'un gendarme mobile. Les troupes américaines sur le vieux continent se font moins nombreuses et le nombre de vecteurs nucléaires établis aux portes du rideau de fer diminue.

Alors que les anciens satellites de Moscou frappent à la porte de l'Alliance, celle ci retrouve une raison d'être en s'engageant dans les missions de rétablissement et de maintient de la paix en ex Yougoslavie.

La vive volonté des pays d'Europe de l'Est à intégrer l'alliance Atlantique s'explique par la volonté de s'assurer auprès de la seule hyper puissance, du caractère durable d'une indépendance fraichement acquise. Alors que l'Europe avait laissé les pays de l'Est basculé dans le giron soviétique, l'Amérique victorieuse et l'alliance qu'elle chapote sont alors les meilleurs garants de la sécurité recherché.

Avec la monté en puissance de l'Europe de la défense, une alternative concrète est ainsi  apparue. Il n'en demeure pas moins que pour nombre de pays, la meilleure assurance vie reste encore le contrat OTANien.

C'est en tenant notamment compte de cette réalité que le président Sarkozy a tenu à ce que se réalise la normalisation de la position française au sein de l'alliance atlantique.

En effet, le pari est que pour rassurer les acteurs d'une Europe de la défense encore en bas âge, il était nécessaire de démontrer par un acte fort que les ambitions françaises n'étaient pas de court-circuiter l'OTAN. Pour ce faire, le président de la république a choisi de rejoindre pleinement et entièrement le commandement intégré de l'OTAN.

Ce choix se veut pragmatique. Alors que la France participe déjà à 32 comités sur 34, et qu'elle participe depuis 2004 à la force de réaction rapide, le retour « plein et entier » dans le commandement doit n'être qu'une formalité.

A l'heure ou les États-Unis demandent de la part de leurs alliés un plus grand investissement, qu'en est t-il de la portée du choix français ?

La France, depuis qu'elle est devenue une grande puissance relative, a su pallier son manque de poids économique et militaire par des positions diplomatiques originales et ambitieuses. Il semble que sa place à part au sein de l'OTAN y soit pour quelque chose.
 

I. De vives critiques

Comme la décision du général de Gaulle à son époque, ce choix n'a pas été sans engager de nombreux débats. A gauche tout d'abord, la décision du Président Sarkozy, prise à l'époque ou le président Obama n'était pas à la maison blanche, est vue comme une nouvelle manifestation de son atlantisme aussi affiché que regrettable.

En agissant ainsi, Nicolas Sarkozy aurait bafoué l'héritage Gaullien et sacrifié la sacro-sainte position spécifique dont la France bénéficie depuis le retrait de 1966. Car si la règle de l'unanimité dans la prise de décisions est en théorie une garantie pour donner tout son poids a la voix de la France il est toujours difficile d'assumer seul les conséquences d'un refus.

Ségolène Royale dénonce quant à elle une menace pour la construction de l'Europe de la Défense, tout comme François Bayrou elle souligne le risque de perdre notre indépendance. Selon la candidate à l'élection présidentielle, la France bénéficie d'une voix originale lui confère un rayonnement mondial de premier ordre. Réintégrer l'OTAN reviendrait à abandonner ce rôle de passerelle, de pont entre les différentes puissances pour rejoindre ce qui s'apparente de plus en plus au bras armé de l'Occident.

Dominique de Villepin, qui a participé aux cotés de Jacques Chirac en 1996 à des négociations pour la réintégration, critique aujourd'hui la position de l'Élysée et met en garde contre la pression américaine qui peut s'avérer terrible... Comme le rappelle Jean Pierre Chevènement, le droit de dire non au sein de l'alliance est en réalité « un fusil à un coup », la capacité d'opposition de la France face à ses alliés souvent acquis aux vues américaines en est ainsi grandement limitée.

Pour d'autres, ce choix entraine un risque de fuite des cerveaux au bénéfice des comités de l'OTAN. En effet, pour de nombreux officiers français, les différends commandement constituent « une opération extérieure sans le risque de mourir au combat », c'est à dire des postes intéressants et très lucratifs.

On le voit, sous de nombreux angles, la décision du chef de l'État peut paraître une erreur lourde de conséquences, surtout alors que les États-Unis ont déclaré attendre un plus grand investissement de la part de leurs alliés.


II. Un choix judicieux

Alors que l'administration Bush a réussi à faire haïr les États-Unis par la quasi totalité de la planète, il semble que l'arrivée du Président Obama à la maison blanche ait quelque peu inversé la tendance. Quoi qu'il en soit, l'espoir d'un changement a traversé les frontières.

Il n'est donc pas illogique d'émettre un signal visible dans la direction de cette nouvelle administration dont le désir de renouer des liens solides avec l'Europe s'est manifesté par la venue d'Hillary Clinton à Bruxelles.

De plus, comme il l'a déjà été dit, pour certains pays d'Europe de l'Est, l'Europe de la défense ne peut se construire qu'à la condition de ne pas interférer avec le bon fonctionnement de l'OTAN. Sachant que les questions de défense sur le vieux continent ne soulèvent pas encore de consensus digne de ce nom, il est judicieux de rassurer nos partenaires européens quant aux intentions de la France. Le poids de la France peut ainsi en sortir renforcé notamment face au refus britannique d'installer un centre de commandement européen à Bruxelles.

La réintégration permet ainsi de signifier à nos voisins, que l'Europe de la défense n'a pas vocation à être le relais de la puissance d'une France nostalgique d'une grandeur passée, souhaitant fondre ce qui lui reste d'influence dans un projet où elle aurait une place à part. La normalisation remet les pendules à l'heure et rappelle que la France ne peux revendiquer seule l'idée d'une Europe puissance.

D'un point de vue plus technique, ce choix si controversé est une bonne nouvelle pour l'industrie d'armement française.  Les équipements militaires de l'OTAN sont soumis à des normes communes afin de favoriser l'interopérabilité. Certains partenaires qui hésitaient à acheter français voient donc certaines craintes se dissiper. Cela s'ajoute à la décision du gouvernement de porter à 20 milliards les investissements dans les commandes d'équipement militaires pour l'année 2009. (Concernant la portée de cette mesure, consulter l'article de Ludovic Van Egroo, « Economie et politique, à qui la suprématie ?».)

Bien qu'il ne faille pas négliger le risque potentiel d'une diminution de portée de la voix de la France à travers le monde, la réintégration ouvre une nouvelle ère. Sans abandonner la position originale et indépendante qui fait la force de la diplomatie française, il convient aujourd'hui de développer une influence au cœur de l'Alliance. En intégrant le commandement de l'OTAN, le nombre de français au sein de l'organisation doit passer de 100 à 800. La vision française et sa pensée stratégique s'en trouveront diffusées de l'intérieur. Ceci est d'autant plus encourageant lorsque l'on sait que le commandement allié trans-formation, chargé de l'élaboration de la doctrine stratégique de l'Alliance, sera surement donné à un français.

On le voit, la réussite de la réintégration passe avant tout par un investissement réel au sein de l'Alliance afin que la voix française trouve un écho auprès de ses alliés les plus proches. Le rayonnement de la France ne dépend pas de son degré d'intégration dans une alliance qui se veut de plus ne plus souple, mais bien  dans sa capacité  à tirer parti d'un multilatéralisme positif, une émulation stratégique basée sur la coopération.

                                                                                           Par Nicolas Saint Bris.
Par Cercle E.R.I.S. - Publié dans : OTAN
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