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20 ans pour passer au G 20 : (1989-2009)
Chaque crise voit se constituer un Groupe de gestion de crise composé des États qui semblent les plus à même de répondre à la crise en cours et de trouver les solutions les plus adéquates.
Ainsi le premier G6 s'était-il réuni en 1975 à Rambouillet, prêt de Paris, à l'initiative du président français Valéry Giscard d'Estaing. Il réunissait les six économies les plus importantes du moment : les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Allemagne (RFA), le Japon, la France, l'Italie, et le Canada (en 1976). L'objectif de ce groupe était de répondre au choc pétrolier de l'époque. La particularité de cette réunion est son caractère informel, sans structure préétablie si ce n'est le poids économique du pays. La Russie intégra ce groupe en 1998, après l'éclatement de l'URSS et sa stabilisation économique.
De son côté, dix ans après la chute du mur de Berlin, en 1999, fut constitué le G20 en marge du G7 de Washington. Le but de ce nouveau groupe est alors de favoriser la stabilité financière internationale et de générer des espaces de dialogues entre pays industrialisés et pays émergents, ce que les réunions des ministres des finances du G7 ne permettaient pas. Cette création eut lieu deux ans après la crise financière asiatique qui déstabilisa la région et dans laquelle la plupart des pays du G7 n'étaient pas directement impliqués.
Le G20 se compose ainsi de : l'Allemagne, l'Afrique du Sud, l'Arabie saoudite, l'Argentine, l'Australie, le Brésil, le Canada, la Chine, la Corée du Sud, les États-Unis, la France, l'Inde, l'Indonésie, l'Italie, le Japon, le Mexique, le Royaume-Uni, la Russie, et la Turquie. L'Union Européenne est représentée par le Président du Conseil et celui de la Banque Centrale Européenne, d'où la dénomination G20. L'UE dispose dans le même temps d'une représentation au sein du G7.
Population (2007) PIB (2007)
Millions % Milliards $US %
Monde 6 612 100,0 54 347 100,0
G8 868 13,1 31 500 57,8
États-Unis 302 4,5 13 811 25,4
Japon 128 1,9 4 377 8,0
Allemagne 82 1,2 3 297 6,1
France 64 0,9 2 808 5,2
Royaume-Uni 63 0,9 2 762 5
Italie 59 0,9 2 107 3,9
Canada 33 0,5 1 326 2,4
Russie 142 2,15 1 291 2,3
Alors que le G7 illustre les inégalités en termes de richesses des populations dans le monde, le G20 se veut plus représentatif avec 65,2% de la population mondiale, des régimes politiques différents de l'union de type confédérale, quatorze républiques (dont sept républiques fédérales et une république populaire) et cinq monarchies (dont une monarchie absolue), près de 90% de la richesse mondiale et les deux-tiers des échanges mondiaux.
En 2009 une nouvelle crise financière frappe le monde, et les principales économies du monde sont appelées à se réunir dans le cadre du G20 de Londres, répondant ainsi à l'appel du président français Nicolas Sarkozy.
Le G8 ne semble plus à même de résoudre les crises. Que signifie donc ce G20, qui fête ses dix ans ? Quelle illustration du monde donne ce sommet ? Quelle est la nouvelle donne qui semble s'effectuer tout les décennies : 1989, 1999 et 2009 ?
Le G20, une typologie particulière
La composition du G20 confirme les évolutions de ces deux dernières décennies. Avec d'une part le rattrapage économique à deux chiffres des pays émergeants, sur une base économique de secteur tertiaire ou secondaire (Inde, Chine). Mais aussi, ces dix dernières années ont vu l'essor de nouveaux pays qui se sont enrichis grâce à l'augmentation des cours des matières premières. Le résultat est qu'en l'espace de dix ou vingt ans ces pays ont accumulé d'importantes réserves de changes, qu'ils ont investies dans des fonds de spéculation, ou encore des bonds du trésor américain. Ainsi la Chine, avec environ 1.600 milliards de dollars américains, dispose de la première réserve de change au monde, et s'avère être tout simplement le premier créancier des États-Unis.
Le G20, comparativement au G7, présente une très grande hétérogénéité. Là où le G7, parce qu'il témoignait d'une homogénéité politique et économique, voyait ses membres se serrer les coudes en cas de crise économique et tenter de s'unir pour s'en sortir, le G20, de son côté, rassemble des États divergeant sur le plan économique et politique, avec des intérêts nationaux également divergeant. Ce groupe de fait met fin à la séparation bipolaire du monde issue de la Guerre Froide, bien que persistent certaines divergences géopolitiques et géostratégiques.
Nous retrouvons ainsi au sein de ce G20 trois-sous ensembles :
Tout d'abord, les membres de l'ancien G7 : États-Unis, Royaume-Uni, Japon, Allemagne, Italie, Canada, France. La Corée du Sud également pourrait faire partie de cet ensemble. Ils représentent, l'ancien ordre économique, basé sur les échanges mondiaux entre les trois pôles de la Triade. Ils sont unis à de multiples niveaux, économique, politique ou autre.
Le second groupe est celui des pays qui voient tourner leurs activités économiques autour de la production des matières premières. On retrouve dans cet ensemble : la Russie, l'Arabie Saoudite, l'Afrique du Sud, l'Argentine, l'Australie, l'Indonésie, le Mexique, la Russie et la Turquie. Leur point commun est d'avoir su tirer profit de la hausse des cours des matières premières, ce qui leur a permis d'engranger d'importantes réserves de change, d'acheter des bons du trésor américains, et de se positionner financièrement sur les dettes des pays membres du G7. Leur marge de manœuvre face à la crise reste toutefois limitée selon leurs réserves de change respectives et les créances qu'ils détiennent.
Le troisième ensemble rassemble la Chine, l'Inde et le Brésil. Tout trois ont développé leur économie à partir de l'industrialisation, du développement du tertiaire, tout en acquérant un portefeuille de placements financiers diversifiés permettant d'assurer l'indépendance économique du pays. La conséquence actuelle de cet état de fait est que ces trois pays disposent désormais d'importantes créances sur les dettes des pays dits « occidentaux ». Ils disposent donc d'une certaines marge de manœuvre face à la crise.
Politiquement parlant, les divergences sont notables. Le G20 se compose des trois États de l'ALENA, de deux États du MERCOSUR, de quatre États de l'Union Européenne (qui siège également en sa propre qualité) et de trois États membres de l'Organisation de la Conférence Islamique. Le continent asiatique est bien représenté avec la Chine, la Corée du Sud, l'Inde, l'Indonésie, le Japon mais aussi l'Arabie Saoudite. L'Afrique du Sud est la seule représentante du continent africain au G20.
Le G20 dispose cependant d'une grande représentativité, et l'unanimité politique est loin d'être atteinte. En temps de crise ces deux facteurs sont essentiels dans le but de trouver des remèdes viables et d'agir de concert.
Au final, il ressort de cette composition que le G20 réunit créanciers et débiteurs à la même table. Bref, face aux économies industrialisées se tiennent leurs nouveaux compétiteurs.
Tableau comparatif du G8 par rapport au G20 :
Poids des pays et représentativité des ensembles
|
|
Population (2008) |
|
PIB (2008) |
|
|
|
Millions |
% |
Milliards $US |
% |
|
Monde |
6 702 |
100,0 |
68 623 |
100,0 |
|
G8 |
870.7 |
12.99 |
31 694 |
46.18 |
|
G20 |
4 126.7 |
61.57 |
42628 |
62.11 |
|
Union Européenne |
494 |
7.37 |
9 610 |
14.0 |
|
|
|
|
|
|
|
Allemagne |
82 |
1.22 |
3 042 |
4.43 |
|
Arabie Saoudite |
25 |
0.37 |
453 |
0.66 |
|
Argentine |
40 |
0.59 |
275 |
0.4 |
|
Australie |
21 |
0.31 |
907 |
1.32 |
|
Brésil |
194 |
2.89 |
1 476 |
2.15 |
|
Canada |
33 |
0.49 |
1 550 |
2.25 |
|
Chine |
1 328 |
19.81 |
3 342 |
4.87 |
|
Corée du Sud |
49 |
0.73 |
1 097 |
1.59 |
|
Etats-Unis |
305 |
4.55 |
14 666 |
21.37 |
|
France |
62 |
0.92 |
2 428 |
3.53 |
|
Inde |
1 140 |
17.0 |
1 128 |
1.64 |
|
Indonésie |
229 |
3.41 |
464 |
0.67 |
|
Italie |
59 |
0.88 |
1 969 |
2.86 |
|
Japon |
127.7 |
1.90 |
4 151 |
6.04 |
|
Mexique |
107 |
1.59 |
996 |
1.45 |
|
Royaume-Uni |
61 |
0.91 |
2 588 |
3.77 |
|
Russie |
141 |
2.1 |
1 300 |
1.89 |
|
Turquie |
75 |
1.11 |
500 |
0.72 |
Le sens du G20
Comme l'illustrent les déclarations de la Chine ces derniers temps au sujet de ses avoirs en bonds du trésor américain, elle craint fortement perdre ces derniers. Or, les débiteurs ne peuvent se permettre de rembourser dans l'immédiat et tout particulièrement en période de crise économique.
Ce G20 avait donc comme objectif d'engager des discussions afin de préserver les intérêts de chacun et de faire en sorte que le système ne prenne pas l'eau de toutes parts, ce qui aurait entraîné des réactions en chaîne telles que des dévaluations compétitives, des gels des avoirs, etc.
Ce G20 recadre la position réelle des États-Unis et montre que ces derniers ne sont plus invincibles car soi-disant dotés d'une avance économique sans précédent. Les États-Unis viennent de réaliser qu'ils dépendaient de leurs débits de dettes à l'étranger. Le monde entier a pris conscience de son interdépendance, interdépendance qui fut développée de manière exponentielle durant les deux dernières décennies.
Jusqu'en 1989 la Guerre froide voyait le monde s'articuler autour d'une bipolarité du monde. En 2009, après 20 ans de mondialisation, après 20 ans d'émergence économique de nouveaux États, nous sommes entrés dans un monde économique résolument multipolaire.
On peut légitimement avoir deux espoirs concernant ce G20. Au sein du G7 ce sont les espérances des Etats-Unis et celles de l'Union Européenne qui comptent.
Pour les Etats-Unis, l'image qu'a voulu donner Barack Obama, est celle d'un président américain qui se veut à l'écoute des autres pays. Une image qui va à l'encontre de celle laissée par Georges W. Bush, représentant d'une Amérique arrogante et écrasante. Obama a joué un rôle de fédérateur en privilégiant la concertation, l'écoute et les avis avec la tolérance et l'ouverture d'esprit qu'on lui connaît pour l'instant. L'objectif est de refonder le système économique mondial en initiant et en accompagnant le mouvement. Il s'agit pour les Etats-Unis de refonder le système, qui était basé sur le financement des dettes des pays dits « développés » via l'achat de bonds du trésor, afin que celui-ci ne leur échappe plus.
C'est pour cette raison que Barack Obama a déclaré que les américains ne vivraient plus au-dessus de leurs moyens à cause d'un important endettement des ménages. En outre les efforts américains lors de ce G20 semblent avoir porté leurs fruits puisque ceux-ci défendaient une relance économique : cette dernière est annoncée à 1.100 milliards de dollars.
L'UE nourrit elle aussi certaines espérances. Présente à travers quatre pays (Allemagne, Italie, France, Royaume-Uni) et les représentants des institutions européennes, l'Union Européenne a cherché à avancer une diplomatie commune, tout particulièrement à travers la France et l'Allemagne. Ces deux pays prônaient une réglementation des marchés financiers plutôt qu'une relance économique du système qui risquerait d'accroître les risques inflationnistes.
En conclusion, ce G20 de 2009 n'est que la résultante de vingt années d'évolution économique internationale. En bref, le monde du XXIe siècle n'a pas encore trouvé son centre d'équilibre.
La globalisation économique que les Etats-Unis ont longuement défendue n'a pas eu pour seul effet de maintenir leur leadership, il a aussi partagé le pouvoir économique. Le pouvoir politique restant bien sûr à la disposition de la seule volonté étatique. Politiquement leaders mais économiquement dépendants, les Etats-Unis tiennent pour l'instant toujours les rênes, tout en concédant progressivement du terrain.
En vingt ans la carte géopolitique du XXIe siècle a été profondément renouvelée. De nouveaux pôles d'influence, de nouvelles interdépendances et dépendances, vingt ans pour peut-être passer de deux superpuissances à vingt puissances moyennes...
Par Ludovic Van Egroo