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Le Sabre et la Plume

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Samedi 25 avril 2009 6 25 /04 /2009 00:20

 C’est à partir des conflits qui se sont déroulés autour de l’Afghanistan depuis les années 70 que l’on sait que les différents groupes de résistance, tant opposés aux soviétiques qu’aux américains, ont utilisé et utilisent encore la drogue, et notamment l’opium, comme source de financement à leurs activités.

1979 marque indéniablement un tournant en ce qui concerne cette relation entre le combat contre l’oppresseur étranger en Afghanistan, et l’argent de la drogue, avec l’invasion soviétique du pays dans le but d’étendre un communisme qui commence à s’essouffler à la fin des années 70.

On comprend alors que la résistance afghane à ses débuts, dirigée contre l’envahisseur soviétique, a eu besoin de sources de financement relativement importantes afin de pouvoir s’organiser, enrôler des effectifs, acheter des armes. C’est avec l’aide d’intermédiaires venus d’Arabie, du Pakistan, ainsi que des Etats-Unis (ennemi idéologique par excellence des soviétiques et déterminé d’autant plus à agir après que ces derniers ont déclenché la « guerre fraîche »), que la résistance afghane va se construire, et où l’argent de la drogue va permettre de donner un avantage décisif aux combattants moudjahiddines afghans.

A la fin des années 80, les russes se retirent définitivement d’Afghanistan. On voit alors dans le même temps les Etats-Unis se désengager subitement dans leurs aides à la résistance afghane, qui est donc laissée à elle-même pour gérer un pays ruiné par près de 10 ans de combats acharnés.

La solution de repli pour les moudjahiddines au pouvoir à Kaboul pour lutter contre les insuffisances économiques du pays va vite être choisie : le but est d’intensifier la production de pavots à opium dans les campagnes afghanes, afin de dégager des profits juteux et à très court terme.

Se développe donc réellement une véritable organisation de production et de transformation de l’opium en Afghanistan au début des années 90.

Malgré les retombées économiques d’une telle activité, sur laquelle le pouvoir central ferme les yeux en échange d’une part fixée, le pouvoir politique à Kaboul reste fragile, et commence à partir de 1994 à souffrir du développement d’une opposition se revendiquant de l’islam radical : c’est la montée en puissance des talibans, dont la popularité devient importante dans le milieu rural afghan.

En 1996, c’est la chute du régime moudjahiddine modéré, lequel est contraint de se retirer au nord-est du pays.

L’Afghanistan passe alors sous le contrôle des factions talibanes, qui imposent une lecture très stricte et rigoureuse à l’extrême du Coran.

Pourtant la production d’opium ne s’en trouve pas affectée, bien au contraire. Les talibans profitent donc à leur tour des retombées économiques de l’opium, ce qui a pour effet de renforcer davantage leur assise sur le pays.

Comme on le sait, les attentats du 11 septembre 2001 vont changer la donne, avec la mise en accusation d’Oussama Ben Laden comme planificateur et argentier des attentats, ainsi que du régime taleban, suspecté de les avoir mis sur pied.

L’intervention américaine en 2001, accompagnée de celle de l’OTAN, arrive alors que les exportations illicites d’opium d’origine afghane battent leur plein, faisant de l’Afghanistan au début des années 2000 de loin le premier exportateur mondial d’opium et de ses dérivés.

 

 

 

Les premières utilisations de la drogue comme facteur de financement des conflits en Afghanistan (1979-1992)

 

1979 et l’invasion soviétique ont contraint les combattants afghans, au départ désorganisés, à reculer jusqu’en territoire pakistanais. Les moudjahiddines ont pu trouver refuge en territoire pakistanais, dont le pouvoir central de type autoritaire est dirigé par le général Zia, et est allié aux Etats-Unis.

La relation d’amitié entre le Pakistan et les Etats-Unis va être d’une grande importance dans la construction de la résistance afghane, car les Etats-Unis y envoient des armes, des aides financières, ainsi que des formateurs, notamment de la CIA (opération « Cyclone »).

Il va ainsi se développer une collaboration active entre la CIA et l’ISI (InterServices Intelligence) pakistanais, qui vont organiser la reconquête de l’Afghanistan avec les combattants moudjahiddines, et former ces derniers à des techniques bien particulières.

Une des techniques enseignées aux moudjahiddines était notamment l’autofinancement des conflits, notamment à travers l’argent de la drogue.

En effet afin de pérenniser l’action des combattants afghans à terme contre l’envahisseur soviétique, la drogue est entrée en ligne de compte dans le financement des activités militaires des moudjahiddines.

Etant donné que le Pakistan était déjà producteur de pavot à opium sur son territoire, les moudjahiddines ont commencé à faire commerce de l’opium, dont l’exportation leur a permis de retirer des profits très juteux et rapides.

Au fur et à mesure de la reconquête du territoire afghan par les moudjahiddines, aidés de la CIA et de l’ISI, ceux-ci ont développé la culture de l’opium au sein du territoire afghan, afin de bénéficier de toujours plus de retombées économiques pour financer leur combat.

Cette technique de financement de conflit a fini par payer, car les soviétiques abandonnent les combats à la fin des années 80, affaiblis par 10 ans de combats dans les montagnes afghanes, et à cause également d’un pouvoir politique qui s’érode à Moscou.

Dès lors les moudjahiddines de l’Armée Islamique s’installent à Kaboul en avril 1992, où Burhanuddin Rabbani devient président par intérim, et Ahmad Shah Massoud est nommé Ministre de la Défense.

Ce gouvernement doit composer avec un pays ravagé par les combats, et doit surtout trouver des sources de financement pour relancer l’économie du pays. Etant donné l’ampleur qu’ont prises les activités de production et de transformation de l’opium en Afghanistan durant les combats, le nouveau gouvernement accepte de fermer les yeux sur ce qui devient alors l’une des principales productions des paysans afghans, en échange d’un pourcentage qui revient à l’Etat afghan. L’Afghanistan devient alors le fer de lance de ce qu’on appelle le « Croissant d’or », c’est-à-dire la zone regroupant l’Iran, l’Afghanistan et le Pakistan, reconnue pour être l’une des principales zones de production et de transformation des produits opiacés dans le monde.

Au niveau politique pourtant, les choses se compliquent en Afghanistan à partir de 1994, car apparaissent des dissensions entre les membres moudjahiddines du gouvernement, ainsi qu’une opposition armée des anciens chefs de guerre qui avaient lutté contre les soviétiques.

C’est notamment à ce moment que commence la lutte entre les moudjahiddines modérés issus du parti Jamiat Islami, et les moudjahiddines fondamentalistes emmenés par Gulbuddin Hekmatyar, dont certains formeront le mouvement taliban.

Dès lors, il s’installe en Afghanistan une guerre civile pour l’obtention du pouvoir politique, qui se double également d’une lutte pour le contrôle de la production d’opium du pays.

 

 

D’une utilisation à des fins militaires à un facteur de survie politique : l’opium afghan (1992-2001).

 

A partir de 1994, la situation politique à Kaboul devient très rapidement chaotique, avec l’arrivée de moudjahiddines fondamentalistes au sein du gouvernement, et qui remettent en cause le pouvoir établi depuis 1992.

La branche fondamentaliste des moudjahiddines, qui trouve ses origines principalement dans le milieu rural afghan, en profite également pour armer de nombreux seigneurs de guerre dans les provinces afghanes, qui vont venir ébranler davantage le pouvoir central.

Cette lutte intestine dans les provinces fait progressivement apparaître le mouvement taliban, qui utilise sa popularité dans le milieu rural et sa volonté de changer le pays pour semer le chaos à Kaboul. Cette popularité s’accompagne également du soutien notoire de l’armée pakistanaise, qui souhaite comme les talibans une stabilisation de l’Afghanistan de peur que les troubles politiques du pays de s’étendent à ses voisins.

De plus, les factions talibanes parviennent petit à petit à prendre le contrôle des productions d’opiacés dans le pays, lesquelles sont alors indispensables pour financer leurs activités de lutte armée.

En septembre 1996, les talibans prennent Kaboul et instaurent une dictature fondamentaliste en Afghanistan, avec pour chef charismatique le mollah Omar. Ceux-ci prennent directement des mesures politiques draconiennes pour stabiliser le pays, et imposent une lecture de l’Islam très rigoureuse afin de contrôler la population.

Pour financer les activités du régime, les talibans doivent s’en remettre à leur tour aux retombées économiques juteuses de l’opium, et développent la culture du pavot à opium encore davantage, ainsi que les laboratoires qui permettent de produire les dérivés de l’opium, parmi lesquels l’héroïne, le long de la frontière avec le Pakistan.

Le régime taliban s’impose alors comme seul maître de l’Afghanistan étant donné son emprise sur la politique et l’économie du pays, alors que les moudjahiddines modérés de l’Alliance du Nord, dirigés par Ahmad Shah Massoud sont réfugiés au nord-est du pays. La drogue devient alors en Afghanistan un instrument de survie politique pour les talibans, car d’un autre côté le pays s’appauvrit à l’extrême, et une partie de la population fuit vers le Pakistan, l’Iran ou les républiques d’Asie centrale pour échapper à l’emprise religieuse fondamentaliste du régime et aux persécutions.

En 2000, le chef spirituel des talibans, le mollah Omar, décrète cependant dans un texte officiel que la production de drogue est contraire aux principes fondamentaux de l’Islam.

Commence alors une vague de persécutions contre les paysans producteurs d’opium dans tout le pays, qui cache en fait un renforcement du contrôle par les talibans des ressources en opiacés pour accroître les pourcentages perçus par le pouvoir central sur les exportations illicites d’opium et d’héroïne.

C’est sans aucun doute une large part de ces profits de la drogue, en plus de ceux qui ont été fournis par Al Qaeda, qui a servi à financer les madrasas (écoles coraniques radicales) en Afghanistan et au Pakistan, ainsi que les camps d’entraînements talibans qui ont formé en partie les auteurs des attentats de 2001.

La drogue en Afghanistan n’a donc pas forcément servi qu’à maintenir en place le régime taliban à Kaboul, mais également à financer les activités terroristes qui ont permis de faire le lien entre les talibans et l’organisation Al Qaeda, à travers notamment les attentats du 11 septembre 2001.

Même si 2001 a sonné le glas pour le régime fondamentaliste en Afghanistan, il n’en demeure pas moins qu’Al Qaeda a continué à revendiquer des attentats, comme ceux de Madrid en 2003 ou de Londres en 2005, et que les liens entre drogue et pouvoir politique en Afghanistan subsistent encore, malgré la présence des troupes de l’OTAN dans le pays.

L’Afghanistan peut-il se développer en dehors de la narco-économie ?

 

L’Afghanistan demeure encore aujourd’hui un des pays inscrits dans la catégorie « quart-monde », car les traces des différents régimes politiques chaotiques et des guerres civiles depuis une trentaine d’années ont fait de ce pays un champ de ruines qui commence seulement maintenant à se reconstruire.

La population essentiellement rurale demeure pauvre à l’extrême aujourd’hui, et sa principale source de revenu reste encore la production d’opium, car les revenus dégagés par ce produit sont nettement plus élevés que n’importe quel autre produit d’origine agricole, comme le blé ou le maïs.

La question est donc de savoir si l’Afghanistan peut être amené à court ou moyen terme à se développer sans la narco-économie, car celle-ci reste une activité très importante dans le pays, qui arrose par ses retombées non seulement la population, mais aussi et encore le pouvoir politique. Il s’agit d’un défi qui est posé ici pour les perspectives de développement économique de l’Afghanistan, car si on peut constater que depuis l’intervention de l’OTAN dans le pays le pouvoir politique tend à se stabiliser avec l’influence occidentale, on peut se demander ce qu’il advient des perspectives économiques dans cette phase de stabilisation.

Cet enjeu constitue indéniablement une des principales interrogations des acteurs sur place, et en particulier les organisations non gouvernementales présentes dans le pays. Une solution, s’il s’en dégage une, sera de trouver une stratégie de substitution à la production de drogue comme moteur économique du pays, ce qui risque d’être un long processus.

                                                                                                                 Par Charles Réveillard 

Par Charles Réveillard - Publié dans : Asie
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