Une nouvelle version du site est en construction et vous sera proposée au plus vite.
La globalisation et la connectivité ont reconditionné le rapport de l'homme au monde, en le positionnant au centre d'un réseau d'interactions et de savoirs complexes interconnectés. Sous
l'influence de ces phénomènes récents, le monde se décloisonne à lui même et offre aux individus un accès privilégié à tout ce qui le compose.
Ces deux phénomènes, nourris par la technologie et l'interpénétration des enjeux, nous plongent dans un monde dématérialisé, immédiat, soumis à des logiques non plus purement territoriales et
temporelles, mais désormais aussi et surtout à une logique de réseau, dans laquelle l'accessibilité, la visibilité et le savoir sont la clef.
Appréhender la globalisation comme un phénomène distinct de la mondialisation nous permettra de comprendre les nouveaux enjeux et pratiques liés aux avancées techniques des TIC (technologies de
l'information et de la communication). Nous tenterons de comprendre en quoi la globalisation et de la connectivité nous ont plongé dans une économie du savoir.
1) La mondialisation : un processus géohistorique
La mondialisation renvoie tout d'abord à un« processus géohistorique d'extension progressive du capitalisme à l'échelle planétaire », selon l'expression de Laurent Carroué. La mondialisation conjugue une approche historique et géographique, irréductible à sa seule dimension économique. Le phénomène, pluridisciplinaire, intègre des dimensions sociales, politiques, culturelles, humaines, qui contribuent à sa complexité .
Fernand Braudel situe la genèse du phénomène au XVème siècle, s'appuyant sur le déploiement de l'économie marchande européenne dans une sphère méditerranéenne et développe le concept d' « économie monde ». Le phénomène devient progressivement mondial, porté par les révolutions industrielles et le progrès technologique. Caractérisée par un essor sans précédent des échanges mondiaux après la seconde guerre mondiale, l' « économie monde » est consacrée par la fin de la guerre froide, qui marque l'avènement définitif de l'idéologie libérale à échelle planétaire.
La théorie de Ricardo permet d'expliquer la mondialisation à partir des principes de l'avantage comparatif. Cette théorie se fonde sur le principe qu'il y aura toujours un gain à l'échange à condition qu'il existe une différence entre les coûts constatés en autarcie dans plusieurs pays. Chacun des pays trouvera alors avantage à se spécialiser et à exporter les biens pour lesquels il dispose du plus fort avantage comparé ou du moindre désavantage.
2) Le dépassement des territoires
Ces théories s'appliquent tout à fait à une vision cloisonnée du monde, dans laquelle chaque pays produit exclusivement pour son propre intérêt. Cependant, force est de constater que les États ne
sont plus les acteurs exclusifs des relations internationales. La diversification des acteurs et des flux nous situent déjà dans une perspective transnationale voir totalement décloisonnée, en
comparaison à des approches nationales de la mondialisation.
Susan Strange exprime déjà le dépassement des Etats qui ont perdu le contrôle sur les structures de pouvoir dans The Retreat of the State (1996). Olivier Dollfuss précise quant à lui l'idée de
décloisonnement : Iil privilégie une approche systémique qui appréhende le passage d'une logique de territoire à une logique de réseau. Le réseau devient l'élément structurant de l'espace, tout
espace étant défini par les réseaux qui le desservent et l'organisent.
L'apport de Dollfuss renouvelle la conception ricardienne de l'avantage comparatif. Dépassant les cadres nationaux, les avantages comparatifs sont renforcés par un effet de centralité dû aux logiques de réseaux et d'intégration. Les réseaux définissent l'accessibilité et l'attractivité des territoires, remodèlent l'enclavement ou l'intégration des lieux et des populations.
La thèse de l'émergence d'un « village global » de McLuhan y fait également écho, et évoque la reconfiguration des territoires pour faire place à un vaste réseau mondial.
3) L'intégration des enjeux
Au-delà du décloisonnement territorial, la globalisation, évoque également une unification des enjeux et l'interdépendance au niveau mondial. Elle suggère un dépassement des territoires et donc des processus répondant à des enjeux globaux, et non plus des enjeux territoriaux trouvant leur solution dans une ouverture internationale et une seule intensification des échanges.
Les stratégies intégrées des firmes multinationales attestent de cette évolution. On distingue ainsi trois stratégies évolutives, la dernière caractérisant la situation actuelle :
- L'échelle internationale : les entreprises nationales recherchent des débouchés à l'étranger.
- L'échelle multinationale : on se place dans une logique diffuse. Une entreprise agit localement via ses agences situées dans des pays différents et disposant d'une stratégie qui leur est
propre.
- L'échelle globale intégrée : cette logique suppose une organisation intégrée et globale des stratégies, à laquelle la conception « think global, act local » correspond.
Ainsi, bien que souvent confondu avec la mondialisation, le terme de globalisation renvoie à deux idées additionnelles : celle du décloisonnement des territoires selon une logique de réseau, et
celle d'intégration des enjeux à échelle planétaire.
Le terme se rapporte dès lors à l'idée d'une unification et d'une intégration en réseau du temps, de l'espace et de problématiques économiques, politiques et sociales, bien que l'intégration en
réseau soit insuffisante pour effacer la permanence des inégalités.
4) Le concept de connectivité
Une telle logique intégrée et de réseau semble être indissociable de l'outil de son développement, du moyen pour y accéder et de la clef pour y agir.
Les TIC sont l'un des principaux catalyseurs de la globalisation. Souvent liés explicitement à la globalisation financière pour le développement de laquelle leur rôle est majeur, les TIC ne s'y limitent cependant pas exclusivement.
D'une manière générale, on identifie trois séries d'effets directs des TIC :
- L'accélération et l'intensification de la circulation de l'information à l'échelle de la planète, qui se sont accompagnées de la réduction exponentielle des coûts de communication.
- La mise en réseau des entreprises dans le monde grâce à l'informatique et aux nouveaux moyens de communication.
- Le développement de l'économie immatérielle et virtuelle non localisée permet l'accès généralisé à un monde commun virtuel et créateur de liens.
Les TIC jouent également un rôle majeur pour le positionnement des acteurs dans la globalisation :
- Les TIC offrent des facilités pour gérer les activités à un niveau mondial et sont l'outil incontournable de l'économie globale et intégrée.
- Enfin, la place de l'information dans l'économie étant croissante, elle devient un enjeu stratégique pour l'acquisition d'avantages compétitifs, comme le montre le rôle incontournable de
l'Intelligence Économique notamment.
Tous ces éléments confirment le caractère incontournable des TIC en ce qui concerne l'avènement de la globalisation, mais aussi la capacité donnée aux acteurs pour évoluer dans un monde aux règles nouvelles.
Aujourd'hui, la globalisation et la connectivité partagent deux critères essentiels qui reconfigurent les modalités de l'action : un caractère immatériel d'une part, une logique de réseau d'autre
part, ces deux aspects concourant à une nouvelle approche économique. Ce sont ces deux mêmes caractéristiques qui nous permettent d'envisager la globalisation et la connectivité comme le socle de
l'économie du savoir.
La globalisation et la connectivité mettent au centre de leur fonctionnement un nouveau capital immatériel : l'information et le savoir.
Par Sophie Missud