ARCADE

Le 13 et 14 novembre 2008 s'est déroulé le 4e séminaire international ARCADE sur le thème « Culture et développement urbain dans une perspective Nord/Sud ». Ce séminaire était organisé à la Maison-Folie de Wazemmes, à Lille, avec pour objectif d'examiner l'usage ou le non-usage de la culture dans les stratégies de développement durable, et ce dans les contextes urbains. Invité par Florent Le Duc, coordinateur de projet ARCADE pour l'ONG ACTED (Agence d'Aide à la Coopération Technique Et au Développement, présente sur les cinq continents), le Cercle ERIS vous rend aujourd'hui compte de cet événement incontournable en matière de prospective du développement culturel international.


Tout d'abord, précisons que le projet ARCADE est mis en œuvre par l'ONG internationale ACTED en partenariat avec la Plateforme Européenne des Villes Nouvelles (ENTP) et le Centre de Recherche Interdisciplinaire en Sciences Sociales (CIR). Soutenu par la Commission européenne (EuropAid), le projet vise à sensibiliser les Européens au lien entre culture et développement et à promouvoir cette thématique auprès des opérateurs culturels et des acteurs du développement en Europe.


Le séminaire auquel nous étions conviés, qui s'inscrit dans le prolongement logique de Lille Capitale Européenne de la culture 2004, et réunit opérateurs culturels et acteurs du développement pour des échanges d'idées innovantes et de bonnes pratiques. Voici la liste non exhaustive des différents intervenants ayant participé aux différentes tables rondes et débats au cours de ces deux jours :

-       Florent Le Duc, organisateur de ce séminaire

-       Pierre Yana, président de L'Aéronef et responsable du master 2 « Culture et développement » de Sciences Po Lille

-       Sophia Labadi, chercheuse au CIR et consultante pour l'UNESCO

-       Jean-Cédric Delvainquière, ingénieur d'études au département des études, de la prospective et des statistiques (DEPS) du Ministère de la Culture et de la Communication

-       Yan Crespel, responsable de la Mission des Affaires Européennes et Internationales de la Ville de Romans

-       Kris Rampersad, universitaire et journaliste du Trinidad-et-Tobago

-       Georges S. Zouain, fondateur de « GAÏA-Heritage », société de services en économie du patrimoine

-       Patrice Vergriete, chercheur au LATTS (Laboratoire de recherche de l'Université Paris Est)

-       Jasper Cooper, assistant de recherche au CIR

-       Catherine Cullen, Adjointe au Maire déléguée à la culture de la Ville de Lille

-       Emmanuel Vinchon, conseiller artistique de Lille 2004 et Lille 3000

-       Elise Mballa, Directrice du Festival International de Danses et de Percussions Abok i Ngoma (Cameroun)

-       Valérie Lesbos, Attachée culturelle et Conseillère adjointe auprès de l'Ambassade de France au Ghana.


La journée du 13 novembre s'est articulée autour de deux workshops. Le premier a posé la question des indicateurs d'impact, des méthodes et outils d'évaluation du développement culturel, alors que le second se proposait d'étudier plusieurs cas précis d'actions culturelles implémentées par la société civile (en Italie, au Kurdistan et à Malte) ainsi que leurs répercussions en termes de cohésion sociale. Le lendemain, les différents intervenants ont tenté au cours d'une première conférence de relier la thématique culturelle locale, nationale et internationale aux enjeux de développement urbain, pour ensuite procéder à un focus sur les capitales européennes et africaines de la culture.



Trois enseignements principaux sont à retirer de ces débats.


Premièrement, les grandes métropoles internationales sont depuis une vingtaine d'années devant l'obligation d'intégrer différents domaines culturels de développement de leur territoire :

-       les événementiels, sur un mode de plus en plus festif

-       la dimension de l'équipement (exemple du Guggenheim de Bilbao)

-       le patrimoine, qui suppose une course au classement et au label international (exemple du Patrimoine mondial de l'UNESCO)

-       la logique des friches

-       le marketing viral (cas de la ville de Stockholm).

De fait, les grandes métropoles européennes ont toutes intégré de manière consubstantielle une stratégie culturelle, et ce pour trois raisons :

-       l'attractivité et l'image sont désormais essentielles à la survie médiatique d'une grande métropole, ce qui suppose une politique d'équipements urbains volontariste, versant parfois dans le spectaculaire

-       la compétition fait rage pour capter les emplois métropolitains supérieurs (ce que l'économiste canadien Richard Florida appelle la « classe créative »)

-       la recherche du sentiment transfrontalier (par exemple les projets INTERREG au niveau de l'U.E.) et le besoin identitaire.

Ainsi la dimension culturelle nourrit-elle les autres aspects du développement (économie, social et environnement) et s'en nourrit à la fois. Nous allons à l'échelle internationale vers des stratégies de développement de plus en plus intégrées, qui accordent une place de plus en plus centrale à la culture comme levier dudit développement.


Ensuite, il faut bien être conscient que le processus de Lisbonne est une façon d'entretenir la compétition entre les différents territoires. Le mot de « compétitivité » revient en effet beaucoup plus que celui de « cohésion ». Nous sommes donc en train d'assister à un mouvement de renversement de la compétition internationale, celle-ci n'opérant plus d'État à État mais entre les différents territoires métropolitains du globe. C'est dans ce cadre de compréhension qu'Anvers a pu devenir une capitale de l'artisanat de luxe.


Enfin, il faut replacer l'artiste au cœur des rencontres si l'on veut pouvoir proposer de réels échanges. Cela suppose bien évidemment de sortir des enjeux économiques stricto sensu. Devenir capitale européenne de la culture peut dès lors être une réponse culturelle adaptée à des problèmes d'ordre culturel bien sûr, mais aussi économique, social et/ou environnemental. Le Financial Times a par exemple démontré dans une étude que grâce à son statut de Capitale Européenne de la Culture 2004 Lille avait gagné la bagatelle de 15 ans de développement ! Ceci prouve que la culture doit être appréhendée comme un levier de développement à part entière et non plus seulement comme un gain d'attractivité symbolique.


Le Cercle ERIS remercie encore une fois Florent Le Duc pour son aimable invitation.



                                                       Par Matthieu Roger


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