LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE AMÉRICAINE D’OBAMA : QUELS CHANGEMENTS POUR L’EUROPE ?

 

Le 15 avril l'association Visions d'Europe recevait à Sciences Po Lille Mme Renee Earle, Minister Counselor for Public Affairs à l'ambassade américaine de l'Union Européenne. Diplomate américaine, Mme Earle a occupé entre 2002 et 2006 une fonction équivalente à l'ambassade des États-Unis à Paris, après avoir été auparavant en poste en Turquie, au Kazakhstan et en République Tchèque.

 

Mme Earle a débuté son allocution en se disant très impressionnée par l'enthousiasme des jeunes Européens envers l'UE. Ce soutien des jeunes en faveur de la construction européenne est un gage important de viabilité. Il faut bien comprendre que la politique américaine a toujours été de soutenir le développement de l'Europe. Les États-Unis veulent et ont intérêt à faire face à une Europe forte et élargie. Au Kosovo ce fut par exemple la première fois que les USA participaient à une opération militaire sous l'égide de l'Union Européenne.

 

En ce qui concerne les États-Unis et leur nouvelle présidence, il faut savoir qu'une nouvelle administration est toujours le moment de faire le bilan des relations diplomatiques. Les Européens ont globalement été enthousiasmés par l'élection d'Obama, enthousiasme qui fût largement partagé outre-Atlantique. De fait, qu'est-ce qui représente une continuité et qu'est-ce qui représente un changement par rapport à la précédente administration ? Pendant le second mandat de l'administration Bush, on a pu assister à la création d'une diplomatie transformatrice (transformational diplomacy), diplomatie censée promouvoir le changement en actes. Mme Earle fait remarquer que sous l'administration Bush l'aide aux pays pauvres a été multipliée par quatre. Un exemple de cette volonté transformatrice américaine, qui sera poursuivie par Barak Obama, est le Millenium Challenge Corporation, un programme permettant des passer des accords officiels entre les USA et un autre pays défavorisé en faveur du développement de ce dernier et de la lutte contre la corruption, en échange d'un chèque des USA (le Zimbabwe et Ghana ont par exemple été fortement aidés). Barak Obama entend reprendre et développer le tous les programmes sanitaires enclenchés sous l'administration Bush.

 

Au niveau des relations strictement euro-américaines, un agenda transatlantique formalise depuis 1995 les relations entre les deux ensembles régionaux, avec la tenue annuelle de réunions au sommet. Ces échanges se sont vus renforcés en 2007, avec la création du Conseil Économique Transatlantique, pour une coopération encore plus renforcée. Il faut bien être conscient que les relations économiques entre les États-Unis et l'Union Européenne représentent chaque année 3 mille milliards d'euros d'investissements ! L'UE et les USA représentent environ 50 % du commerce mondial, d'où la nécessité dune coopération conjointe en ce temps de crise. Selon Renee Earle, les trois sujets de coopération USA/UE les plus importants sont la paix au Moyen-Orient, la crise économique actuelle, ainsi que la protection de l'environnement. Mais les États-Unis considèrent que le conflit en Afghanistan est une problématique qui n'est pas assez pris en compte du côté européen. Mme Earle soutient que l'Afghanistan constitue un élément important de la lutte contre le terrorisme. Précisons qu'en Afghanistan la majorité des soldats américains ne servent pas sous le commandement de l'OTAN, mais constituent une force à part entière en marge de tout contrôle international. En Irak, la position d'Obama est un retrait progressif des troupes, avec un bilan qui sera fait avec les autorités irakiennes en 2011 pour la sécurité nationale. Renee Earle avoue que les Américains ont été pris de panique durant le second mandat Bush, envahis qu'ils étaient par la crainte de divergences de valeurs irrémédiables avec les Européens. C'est dire la grande importance qu'on accorde au partenariat avec « la vieille Europe » de l'autre côté de l'Atlantique ! De plus l'opinion internationale envers l'administration Bush était tellement négative que cela obérait les bonnes actions de politique étrangère menées par les États-Unis.

 

La personnalité d'Obama va vraisemblablement beaucoup compter dans un futur proche. Obama est quelqu'un de souriant, d'ouvert sur le monde, de dynamique. En cela il incarne un changement communicationnel radical avec G. W. Bush. Ralph Bunche, diplomate américain qui avait obtenu le Prix Nobel de la Paix en 1950, déclarait que pour faire comprendre une idée il fallait l'enrober dans une personnalité. Mme Earle pense que l'on est tombé sur la bonne personne cette fois-ci avec Barak Obama. Le nouveau président américain est de fait venu très vite en Europe, que ce soit à Londres pour le G20, à Strasbourg pour le sommet de l'Otan - les Américains ont bien sûr applaudi des deux mains le retour de la France dans le commandement intégré de l'OTAN -, ou encore à Prague. Cette nouvelle attitude en termes de communication et d'image constitue un grand changement, et se veut le gage d'efforts profonds pour trouver une solution commune à la crise. D'après ses dires, c'est la première fois que Mme Earle voit ça de toute sa carrière. Cependant Obama n'est pas sans déplorer quelques difficultés des deux côtés : il pointe du doigt un certain antiaméricanisme européen, de même qu'un manque de reconnaissance américaine envers les actions européennes.

 

Renee Earle a conclu son intervention en évoquant les problématiques environnementales. En effet, le climat et l'environnement restent inséparables des questions de l'énergie et de la croissance. Obama entend que les USA fassent vraiment des efforts en termes de protection de l'environnement et de technologies vertes. Les Américains s'intéressent par exemple désormais aux crédits d'émissions polluantes et au TGV français. De son côté l'Europe envisage une réduction de 20 % des émissions polluantes d'ici 2020. Les USA ne s'estiment pas prêts à atteindre cet objectif, mais se sont prononcés en faveur d'un retour pour 2050 aux quantités d'émissions de 1990. Il va sans dire que les négociations qui auront lieu à Copenhague sur ce sujet s'annoncent d'ores et déjà serrées. Pour Mme Earle toutes ces preuves de bonnes intentions ne servent pas à grand-chose si la Chine et l'Inde refusent toujours de s'associent pas à ce programme de défense de l'environnement. Et dans le même temps il faut bien tenir compte du fait que si Obama peut signer tous les traités de coopération qu'il veut cela ne l'engagera légalement à rien ; en effet, si ceux-ci ne sont pas ratifiés par le Congrès ils resteront lettre morte.

 

 

Par Matthieu Roger


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