LES 36 STRATAGÈMES - Manuel secret de l’art de la guerre, commentés par Jean Levi


Éditions Payot & Rivages, 2005

 

 

Les 36 Stratagèmes est un recueil d’axiomes et de proverbes stratégiques qui met en lumière les différentes manières d’appréhender la guerre, et par extension notre vie quotidienne. Probablement rédigé sous la dynastie des Ming, entre le XIVe et le XVIIe siècle, il fut redécouvert en Chine au cours de la Seconde Guerre mondiale. Ces 36 stratagèmes reflètent sous forme diagrammatique le tableau des 64 hexagrammes matérialisant l’interaction yin / yang (six fois six axiomes). Ils se placent à un niveau ontologique de la compréhension de tout conflit armé, en postulant un jeu permanent de l’être et du non-être duquel le stratège doit extraire la quintessence opérationnelle. Nous n’avons donc pas trop des commentaires avisés de Jean Levi pour tenter de saisir la portée de cet ensemble de 36 expressions proverbiales, aussi brèves que chargées de sens. Structuré en six cahiers (Stratagèmes de la guerre victorieuse, de la guerre de résistance, de la guerre offensive, de la guerre confuse, de la guerre de conquête, de la guerre perdue), ce manuel secret de l’art guerre implique, à l’instar de L’Art de la guerre de Sun Tsu, de contextualiser toute situation pour adopter ensuite les décisions les plus adéquates y afférentes. Au moyen d’exemples concrets tirés de l’histoire militaire chinoise, mais aussi de la littérature asiatique et occidentale, Jean Levi déploie devant les yeux ébahis du lecteur un potentiel infini d’interprétations et de mises en abymes herméneutiques. J’avoue avoir été dérouté par le rapport incessant qu’entretiennent les 36 ruses de guerre avec leurs modèles hexagrammatiques. Relier un enseignement littéral à une forme philosophico-diagrammatique ne constitue pas une manière de précéder très usitée à notre époque, c’est le moins que l’on puisse dire. Il ne faut cependant pas oublier que les diagrammes explicatifs ont constitué la base de certains courants philosophiques occidentaux, dont le platonisme ou la pensée cosmographique d’Apian. On retrouve même cette démarche dans nombre de tableaux de la Renaissance, je pense ici notamment au Loth et ses filles peint par Lucas de Leyde et exposé au Louvre.

Quoi qu’il en soit, Les 36 Stratagèmes nous rappellent que c’est uniquement l’usage alterné de moyens réguliers et insolites qui permet de remporter la victoire finale. Ruses et tactiques régulières doivent être utilisées de manière alternée par le général, engendrant ainsi un état de latence stratégique susceptible de paralyser ou tout du moins d’handicaper l’ennemi. La pensée stratégique chinoise, fortement influencée par le confucianisme et le taoïsme, comprend la guerre comme un ensemble organique au sein duquel le yin et le yang s’activent mutuellement de manière incessante. Seul le stratège avisé est alors à même de comprendre que tout stratagème n’est qu’un chaînon dans une série de mouvements tactiques.

 

 

Par Matthieu Roger

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