La Corée du Nord dans les Relations Internationales depuis 1970



La situation de la Corée du Nord dans les relations internationales depuis 1970 s'inscrit dans trois grands enjeux : tout d'abord, la volonté de promotion de la démocratie, dans le cadre de l'endiguement de l'URSS dans un premier temps, dans le cadre de lutte pour la promotion des libertés ; ensuite, concernant la partition de la péninsule coréenne depuis la fin de la guerre de Corée en 1953, la péninsule Corée étant la seule entité géographique qui soit encore divisée après la guerre froide ; pour finir, dans une optique sécuritaire de lutte contre la prolifération d'armes de destruction massive et de lutte contre le terrorisme.


L'affirmation par la Corée du Nord de la détention de l'arme nucléaire correspond-elle réellement à une attitude offensive? Ne peut-on pas, en regard des éventements historiques, en déduire que cette affirmation répond à des motivations stratégiques de la part de la Corée du Nord qui cherche à préserver sa place dans l'équilibre précaire de l'Asie Orientale?

Il est nécessaire pour cerner l'ampleur du problème nord coréen de comprendre pourquoi le pays s'inscrit dans une perspective mondiale autant que régionales, mais aussi pourquoi, le maintient actuel d'un statu quo semble stratégiquement plus profitable aux intérêts des différentes puissances.

La modification du statu quo de la péninsule coréenne est susceptible de rompre le délicat équilibre entre les principales puissances, et en particulier entre la Chine et les États-unis. Il devient alors crucial de comprendre pourquoi la réunification des deux Corées semble aujourd'hui difficilement envisageable, indépendamment de considérations humanistes et démocratiques.


PREMIERE PARTIE : 1970 - 1989


En participant à la guerre et en aidant les États-Unis à vaincre le japon, l'URSS acquiert une légitimité sur le territoire coréen en mettant fin à la domination japonaise. La péninsule est mise sous une double tutelle provisoire, qui conditionnera les rapports futurs de la péninsule, car on l'estime trop instable pour se gouverner seule. Le 38e parallèle qui sépare le sud du nord de la Corée devient rapidement une frontière politique et militaire à mesure que la Guerre Froide divise le monde. Le Nord sous le régime de Kim Il Sung va tenter de réunifier la Corée par la force, mais au terme de la guerre de Corée, la péninsule se divise en deux État, stalinien au nord et pro-américain au Sud avec la dictature de Syngman Rhee. Débutée en avril 1950, la guerre achève de séparer les deux Corées et ajoute au fossé politique et idéologique un fossé de sang. 

La Corée du Nord développe alors un régime singulier, basé, dès sa naissance sur une ligne agressive qui a pour but la réunification des deux Corées. La réunification, dogme fondamental, est ainsi énoncée dans la constitution de 1972. Le régime de Pyongyang est révolutionnaire et nationaliste, il se nourrit d'une tension belliqueuse auto-entretenue, stratégie de confrontation permanente avec le sud de la péninsule et les Etats-Unis, qui le légitime. Cette structure idéologique mêlant marxisme-léninisme et néo-confucianisme ne peut se maintenir que par la guerre. Le discours de mobilisation militaire face à une guerre toujours imminente qui a pour vocation d'entretenir la pression totalitaire sur l'opinion publique traduit également la perception tronquée que la République Populaire de Corée (RPDC) a de la réalité internationale.

L'oligarchie militaire réunie autour du Suryong, le leader, Kim Il Sung puis son fils,  Kim Jong-il, s'appuie sur la théorie de l'autosuffisance contre la triple menace extérieure, Corée du Sud, États-unis et Japon, qui font l'objet d'une propagande active. Ce climat de « guerre paranoïaque » est pour la Corée du Nord la plus sûre garantie de sa pérennité. Le dialogue et l'ouverture avec l'extérieur seraient en effet susceptibles de faire perdre au pouvoir une partie du contrôle qu'il exerce son peuple.

Pourtant, sous peine de disparaître, le régime de Pyongyang est contraint de s'ouvrir depuis le début des années 1970. Le principal objectif du régime étant de durer, un minimum d'ouverture est cependant consenti et on œuvre pour la réunion d'un maximum de devises, quelle qu'en soit l'origine. Dans les années 1970, dans un contexte de confrontation puis de détente entre les deux grands, comment la situation de la Corée du Nord évolue-t-elle dans les relations internationales ?

Les États-unis sont très présents en Asie dans les années 1970 malgré un impératif national axé sur la situation en Indochine. Puissance hégémonique de l'après Seconde Guerre Mondiale, la multiplication de ses partenariats ancre sa présence en Asie, et les États-unis renforcent considérablement leur présence militaire. Ce processus ayant déjà été entamé en 1951 avec la création de l'ANZUS, il est à la base de la coopération économique et militaire en Asie du sud-est comme le montre la création de l'OTASE, devenu l'ASEAN en 1977. L'alliance avec Japon constitue le partenariat le plus solide. Les États-unis disposent ainsi de plusieurs bases sur le territoire japonais, mais également en Corée du Sud, qui subit la tutelle active des États-unis. D'autre part, la normalisation des relations sino-américaines, qualifiée de « partenariat stratégique et constructif tourné vers le XXIe siècle » marque le début d'un rapprochement stratégique de la Chine vers les États-Unis. Kissinger accepte d'intégrer le schisme communiste dans l'approche globale et joue de la rivalité entre les deux frères dès 1972 pour accroître son influence en Asie. Mais les espoirs sont déçus. De nombreux incidents ont lieu, et les relations qui ne sont pas basées sur la confiance dès le début ne sont pas un facteur de stabilité dans la région. Dans ce climat de réconciliation et de détente, la Chine améliore parallèlement ses rapports avec le Japon et signe avec ce dernier, en 1978, un traité de paix.  L'Asie, devient le deuxième théâtre de la politique américaine de containment qui, bien qu'elle vise principalement l'URSS, concerne également la Corée du Nord liée au bloc communiste.

La Corée du Nord est isolée du fait de son alliance avec le bloc communiste qui l'éloigne de tous les pays alliés des États-unis, mais aussi du fait de la désaffection de la Chine, auparavant très liée avec la Corée du Nord. Le refus en 1964 de la Chine d'appuyer le premier essai nucléaire nord-coréen à pour conséquence d'intensifier les liens que la Corée du Nord entretient avec l'URSS. Notons qu'un premier réacteur nucléaire sera construit à Yongbyon dès la fin des années 70. L'URSS est clairement en position de faiblesse par rapport à la coalition Chine/Japon/Etats-Unis, et le conflit cambodgien achève de fixer la rivalité entre la Chine et l'URSS, par alliés interposés. Pourtant, dans un le contexte de détente et d'essoufflement des deux blocs, les tensions s'atténuent et on assiste dès lors à  une ouverture de la Corée du Nord, favorisée par la politique menée par le Sud.

Dans la foulée des réconciliations entre les deux blocs soviétique et américain,  le Général sud-coréen Park Chunghee annonce dès 1972 une « nord politik » laissant présager une embellie des relations entre les deux Corées qui nourrissent le même objectif, à savoir la réunification. En 1972, avec la création d'un comité de coordination Nord/Sud, le dialogue s'institutionnalise sur la péninsule coréenne. Les relations bilatérales entre les deux Corées s'améliorent, et la Corée du Nord  adhère même au traité de non-prolifération (TNP), favorisant l'émergence d'une pacification et d'une amélioration de la sécurité régionale.


Les beaux débuts de ce rapprochement et de ce début d'ouverture de la Corée du Nord sont déçus par la suite. Pour une reconnaissance et une meilleure coexistence, la péninsule s'accorde sur une éventuelle réunification. Cependant, les moyens envisagés ne sont pas similaires. Le nord mise sur  l'affaiblissement du Sud et le départ des forces américaines alors que pour le Sud, il s'agit plutôt de renforcer sa propre économie de promouvoir la légitimité internationale de la future Corée unifiée. Le seul point d'accord se réduit finalement à être le constat d'une mésentente. La politique d'ouverture sera réactivée en 1988 par  Roh Tae-woo            mais de nouveau, les résultats obtenus seront très limités.

La dernière décennie de la guerre froide fait évoluer les alliances ainsi que la position de la Corée du Nord par rapport aux autres puissances.

L'arrivée de Gorbatchev au pouvoir désengage l'URSS de la scène orientale et de la Corée du Nord par la mise en place d'une déstalinisation massive ainsi que par la désidéologisation de ses rapports avec les autres État. Gorbatchev donne du lest à ses relations avec la Corée du Nord, qu'il considère de plus en plus comme un État stalinien traditionnel, pourvu de ses caractères dictatoriaux habituels. Parallèlement à ce désengagement, l'URSS multiplie les échanges avec la Corée du Sud qui augmentent considérablement. Confronté à des problèmes internes de plus en plus préoccupants, l'URRS n'est plus en mesure d'assurer une médiation comme auparavant.

Bien avant la chute complète du bloc soviétique, l'année 1989 est un réel tournant : un vide est laissé par le désengagement de l'URSS, désengagement qui s'inscit en parallèle du discrédit de l'idéologie communiste. La démocratie et droits de l'homme étant moins malmenés, les États-Unis sentent leur présence moins nécessaire. Le vide laissé sur la scène asiatique sera rapidement comblé.

En effet la Chine, avec l'arrivée de Deng Xiaoping, s'éloigne du marxisme. Les réformes économiques de 1978 marquent un retour au réalisme qui rompt avec la politique de rapprochement des États-unis. La nouvelle politique extérieure chinoise des 1982 est une politique d'indépendance, afin que la Chine, insérée dans les rapports multilatéraux, puisse prétendre au leadership asiatique.  Plusieurs données convergent en ce sens : le siège permanent au Conseil de Sécurité de l'ONU obtenu en 1971, la signature de textes pour le respect de l'État de droit et contre la prolifération d'armes de destruction massive, ainsi qu'un engagement constructif au sein des organes régionaux.  L'importance accrue de la Chine réactive les inquiétudes sécuritaires de la Corée du Nord dans la mesure où des litiges territoriaux sont toujours en suspend. Un différend territorial persiste entre la Chine et la Corée du Nord depuis la fin de la guerre concernant un emplacement stratégique et essentiel pour le développement futur de la région. Il s'agit d'une zone de 80 km2 située dans la région du mont Paeku que la Chine considère comme une « dividende » de sa participation à la guerre de Corée. En effet, la Corée du Nord  et la Russie ont sous leur contrôle les seize derniers kilomètres de la rivière Tumen, ce qui retire à la province chinoise de Jilin l'accès direct à la mer et limite d'autant ses relations économiques et commerciales avec le Japon. Cela constitue certes un atout pour la Corée du Nord, mais également un facteur de tensions entre les deux pays, cela bien qu'aucun conflit majeur concernant cette région n'aie éclaté.

La Corée du Sud, qui depuis son évolution démocratique des années 1980 suit l'évolution  du « monde libre », signe une reconnaissance mutuelle avec la chine en 1985. Les Jeux Olympiques ont lieu à séoul en 1988, Jeux que seul les pays communistes boycottent, renforçant d'autant plus leur situation marginale.

En partie laissée à elle-même, la Corée du Nord tombe dans un isolement presque complet qui, après la chute du bloc soviétique, deviendra un impératif absolu pour la survie du régime de Pyongyang.


DEUXIÈME PARTIE : DE 1990 À NOS JOURS



Au sortir de la chute de l'Union Soviétique, de nouveaux rapports géopolitiques émergent. La Corée du Nord doit répondre à plusieurs impératifs contradictoires. Celui tout d'abord de préserver son régime, qui la pousse au retranchement et au développement de la force de dissuasion ; et d'autre part l'impératif de survie de sa population, qui contraint le pays à s'ouvrir et à coopérer avec la communauté internationale. La Corée du Nord, en  adhérant en 1985 au traité de non-prolifération, avait laissé espérer une pacification des rapports avec ses voisins et une amélioration de la sécurité dans la région. Cette dynamique, grandement interrompue après la chute du bloc communiste, persiste néanmoins, comme le prouve en 1990 la première rencontre entre les chefs d'État de la péninsule et un accord fondamental de non agression d'échange et de coopération qui entraîna l'admission conjointe des deux Corées à l'ONU. Ces deux dynamiques contradictoires de repli face à la déperdition du régime, qui ne bénéficie plus de l'aide soviétique, et de sortie nécessaire de son intransigeance et de son isolement, se mêlent tout au long de la décennie et perdurent encore aujourd'hui.

Après la chute du communisme, la Corée du Nord  reste complètement fermée. La survie est la priorité du régime de Pyongyang qui doit, en plus de faire face à un contexte extérieur qui ne lui est pas favorable, lutter contre un affaiblissement économique interne.

L'après Guerre froide est un contexte de renversement des régimes autoritaires au profit de la démocratie. Notons aux Philippines le renversement de Ferdinand Marcos en 1986, en Corée du Sud les étudiants qui font reculer la dictature en 1987, en Indonésie la fin de la dictature de Suharto en 1997, mais aussi Tienanmen en Chine en 1989. Dans un contexte de réunification des deux Allemagnes, la Corée du Nord s'isole pour tenter de se préserver. Contre une intrusion démocratique qui marquerait sa fin, le régime s'engage dans la voie du repli et de la conservation via un renforcement de ses positionnements autoritaires.

L'arsenal militaire est renforcé, prenant Séoul en otage : onze mille obusier sont déployés dans les montagnes près de la zone démilitarisée, des centaines de missiles se dressent face au Japon. Les États-Unis sont dans un état d'incertitude face aux capacités et à la force militaire réelle de la Corée du Nord. Depuis 1991, la menace nucléaire plane sans jamais avoir été concrètement prouvée. Par cette stratégie d'intimidation, la Corée du Nord cherche surtout à se faire reconnaître par les États-Unis et à obtenir un pacte de non-agression, en vue de protéger l'intégrité de son territoire et de son régime, considérant la présence américaine au sud de la péninsule comme une sévère menace. Sans souhaiter pour autant le départ des américains de la péninsule coréenne, Pyongyang réclame la création d'un nouvel environnement géostratégique qui lui soit plus favorable. Si la Corée du Nord revendique l'aide extérieure pour appuyer sa transition, elle exprime par son repli la crainte d'être absorbée par la Corée du Sud. Parallèlement à cela, la Corée du Nord a recourt à des moyens radicaux pour pallier le manque de moyens ayant entraîné une grave famine. La Corée du Nord devient le « brigand de la mondialisation » (Karoline Postel-Vinay), organise de multiples trafics d'armes, s'implique dans la vente de technologies de missiles et d'armes de destruction massive, écoule faux billets et drogue, ouvre même un camp de travail forcé en Sibérie, et vend de la main d'œuvre avec l'accord tacite de Moscou.

Pour endiguer la malnutrition de l'aide alimentaire est convoyée, bien que  les organisations internationales se trouvent face à un dilemme de taille : refuser la pérennisation du régime qui détourne probablement l'aide ou poursuivre le soutien à la population. L'inquiétude grandit face à un pays désordonné et imprévisible, état de fait qui incite les pays alentours à rester prudents. Dans les années 1990, la Corée est d'autant plus isolée que son alliance stratégique avec Moscou et Pékin se distendent (la Russie remet en cause son accord de défense avec la RPDC, et la Chine multiplie discrètement ses pressions politiques et économiques) et que Séoul améliore ses relations bilatérales avec la Russie et la Chine Populaire. Détenir la force nucléaire apparaît alors pour la Corée du Nord comme l'alternative à une ouverture aliénante.

Il est toutefois paradoxal de constater que la Corée du Sud cherche à développer ses échanges culturels et économiques avec le Nord. En effet, le président Roh Moo-Myun agit en faveur de la mise en œuvre d'une « prospérité pacifique » avec le Nord, faisant perdre aux États-Unis le consensus dont ils bénéficiaient. Cette position sera pourtant rapidement révisée en regard des crises qui vont rapidement survenir.


1994 est une double tournant pour la Corée du Nord comme pour les pays environnants. Une importante détérioration des relations accompagne le climat de menace que la RPDC fait peser sur la région.

Tout d'abord, la mort de Kim Il-sung bouleverse la donne. La RPDC n'a plus sa raison d'être depuis la disparition de son chef vénéré, au pouvoir depuis la création de la république communiste. Nous pouvons le percevoir comme un événement libérateur qui lève l'hypothèque minant le dialogue entre les deux Corées, mais aussi comme le début d'une période d'incertitudes. En effet, les efforts accrus du régime pour survivre accroissent le risque de conflit ouvert, état de fait renforcé par des difficultés économiques de plus en plus grandes, la peur de la disparition du régime offrant aux radicaux un prétexte pour une attaque militaire. La première succession filiale du régime avec l'arrivée de Kim Jong-il s'avère laborieuse, et il s'en suit une période de vacance du pouvoir pendant plus de 3 ans.  La RPDC n'est ni plus ni moins qu'un « avion en panne de moteur, devenu incontrôlable et menaçant de s'écraser » selon Kim Young-sam. Le gouvernement nord-coréen empêche à cause de sa politique atrophiée toute dynamique de rapprochement avec le Sud.

Devant ces difficultés, loin de rechercher l'ouverture, la Corée du Nord renforce son isolement, et s'enfonce dès 1994 dans la crise.

En effet, si depuis 1992 un accord entre les deux Corées portant sur la dénucléarisation de la péninsule est en vigueur, Pyongyang l'enfreint et déstabilise de nouveau la péninsule coréenne. Les deux pays devaient renoncer à se doter d'armes nucléaires ou de capacités de retraitement du plutonium, et s'engageait surtout à la négociation d'un système d'inspection mutuel. Ce dernier point, non respecté par Pyongyang, a conduit à la crise nucléaire de 1993.

L'AIEA (Agence Internationale à l'Énergie Atomique) suspecte le lancement d'un programme d'acquisition d'armes nucléaires, et adresse le 9 février 1993 une demande d'inspections générales. Mais une fin de non recevoir lui est adressée depuis Pyongyang. La crise est renforcée par l'essai du missile No Dong 1, qui présente un intérêt commercial certain pour la Corée mais qui surtout place la RPDC en position de force dans l'éventualité d'une intervention militaire armée des États-Unis au côté de la Corée du Sud. Face à cette situation dangereuse, les États-Unis se doivent de défendre deux causes : la préservation de la crédibilité américaine dans le maintien de la sécurité régionale et la protection des alliés, et la fin de toute menace de prolifération nucléaire dans la région. La peur que la Corée du Nord puisse vendre sa technologie balistique et nucléaire à des groupes terroristes devient alors grandissante. Le territoire américain serait lui-même susceptible d'être menacé, le Taep'o Dong 2 possédant une portée de 4.000 à 6.000 kilomètres. De plus, la punition d'un État qui a ouvertement violé un traité international paraît nécessaire. Bill Clinton, en novembre 1993, annonce qu'il ne pourra laisser Pyongyang acquérir des armes nucléaires. L'option de frappes aériennes n'est pas écartée. Mais la Corée du Nord menace à son tour d'engager des ripostes à l'encontre de Séoul et de Pékin. La Corée du Sud et le Japon, soucieux de ne pas s'ingérer dans les négociations, se montrent réticents à s'engager dans la confrontation.

L'accord-cadre de Genève résout en 1994 la première crise nucléaire. Il stipule l'arrêt de l'activité des sites incriminés contre la fourniture de deux réacteurs à eau légère par un consortium de pays (Corée du Sud, Japon, Union Européenne). Le carburant étant fourni par la Korean Economic Developement Organisation (KEDO : Japon, Corée du Sud et États-Unis). L'accord permettait surtout aux États-Unis, convaincus que le régime nord-coréen ne tarderait pas à s'effondrer, de gagner du temps. Profitant de l'aveuglement de la communauté internationale, la Corée du Nord met à profit l'accord pour lancer un programme destiné à acquérir un stock d'uranium enrichi, ceci avec la complicité d'un pays tiers (peut-être le Pakistan). Le programme de la KEDO ayant pris du retard (les réacteurs devaient être livrés pour 2002 et sont désormais prévus pour 2009), le mécontentement de Pyongyang s'accroît. Dès août 1998, la Corée du Nord reprend son programme nucléaire. Le missile Taep'o Dong sera même lancé au-dessus du Japon.

La faiblesse de Pyongyang est telle aux yeux de Washington qu'elle l'incite à un rapprochement et à une conciliation, toujours en vue de préparer la chute présumée prochaine du régime. La crispation de 1998 ne sera donc que passagère et laissera la place à une sensible amélioration des relations de la Corée du Nord et de ses voisins.


Une période d'embellie entre les deux Corées se superpose au désintéressement américain pour laisser présager d'une résolution des tensions.

Un accord bilatéral de non-agression est signé le 22 février 1996 entre les deux Corées. L'aide économique s'avère croissante de la part de Séoul, qui poursuit ainsi la discussion et adopte une approche conciliatrice malgré les crispations. L'ouverture de la Corée du Nord devient dès lors plus qu'une nécessité, c'est-à-dire un impératif humanitaire. Séoul adopte une nouvelle stratégie de rapprochement,  la « sunshine policy », politique d'ouverture réactivée après son lancement en 1988 par  Roh Tae-woo. La Corée du Nord, ruinée, est contrainte de sortir de son isolement et n'a d'autre choix que de se rapprocher de ses voisins pour bénéficier de leur aide, préférée à une menace nucléaire et humanitaire permanente. Pyongyang entre ainsi dans l'ASEAN le 24 juillet 2000. Le dirigeant Kim Il-Chol effectue une visite en Corée du Sud, déarche reporduite par par le chef de l'État sud-coréen Kim Dae Jung qui se rend en Corée du Nord et réitère l'importance de l'aide économique. La coopération semble s'engager sur un terrain politique. Un téléphone rouge est installé dans l'optique d'une amélioration des relations entre les deux pays. Le 19 septembre, la Sud tente d'établir une voie de passage au Nord qui lui donnerait accès à la Russie comme à la Chine. Le 17 septembre, la Corée du Nord est officiellement reconnue par neuf pays Européen, dont la France et l'Allemagne. C'est dans ce climat de réconciliation et d'ouverture que les États-unis lèvent les sanctions économiques qu'ils imposaient jusqu'alors à la Corée du Nord. De plus, des accords d'amitié et d'assistance mutuelle sont passés avec la Russie et les négociations reprennent avec les États-Unis. Tout porte à croire que la Corée du Nord est en train de se réconcilier avec son environnement et qu'elle évolue vers l'ouverture, voire vers une démocratie à long terme. Avec la multiplication des liens, l'éventualité d'un conflit disparaît.

La banalisation du problème nord-coréen et le début du désintéressement de Washington envers la zone asiatique correspond au sentiment américain que la Corée du Nord ne constitue plus un danger imminent et que l'effondrement du régime n'est plus qu'une question de temps. Notons toutefois que les Etats-Unis et la Corée du Nord sont tthéoriquement oujours deux pays en guerre, puisque seul un accord d'armistice a été signé à la fin de la guerre de Corée en 1953. Pour confirmer la fin du conflit et construire une base pour des relations d'un nouveau type, la Commission militaire d'armistice qui séjournait jusque là à Pyongyang est remplacée par une Commission militaire interarmées américano-nord-coréenne, et l'on signe un traité de paix provisoire dès mars 1996. La politique américaine du soft landing vise parallèlement à promouvoir l'aide humanitaire internationale et à favoriser le commerce pour préparer une rapprochement régional. Convaincus de l'effondrement imminent de la RPDC, tous essayent d'en atténuer les conséquences, qui pourraient s'avérer désastreuses pour l'équilibre de la région. Il apparaît cependant clairement que l'administration Clinton n'est disposée à favoriser le rapprochement régional que dans la mesure où son influence ne se trouve pas remise en cause, et que la lutte contre la prolifération d'armes de destruction massive passe bien avant les considérations humanitaires concernant la situation interne de la Corée du Nord ou l'afflux d'immigrés nord-coréens en Chine.

Cette trêve ne peut être valable qu'a court terme. Le régime de Pyongyang, tant qu'il existe, fait peser sur la région un danger considérable que nul ne peut nier. Séoul semble ne plus tenir compte à cette période que la Corée du Nord est la cinquième force armée du monde (plus de 30% du budget de l'État est alors alloué à l'appareil militaire !), couplée à un potentiel d'acquisition de la force nucléaire considérable. La persistance du régime dans un contexte de nouveau difficile après les attentats du 11 septembre amènent des crises nouvelles auxquelles on ne s'attendait plus du fait de la faiblesse présumée de Pyongyang.



Les attentats du 11 septembre détériorent considérablement la situation de la Corée du Nord dans les relations internationales. Dès son arrivée au pouvoir, l'administration Bush avait adopté une attitude intransigeante à l'égard de Pyongyang, marquant une rupture certaine avec l'administration précédente de Clinton, jugée trop conciliante. Cette intransigeance manifestée par les États-unis va non seulement miner les efforts entrepris par le président sud coréen Kim Dae-Jung, mais aussi remettre en cause l'accord-cadre d'octobre 1994.

L'administration Bush adopte une véritable stratégie de rupture, qui se vit renforcée à la suite des attentats de 2001. Le discours du président Bush s'avère sans concesions et situe la Corée dans « l'axe du mal » en janvier 2002, au même titre que l'Irak ou l'Iran. Certains spécialistes américains affirment même que Pyongyang serait le « premier trafiquant au monde » (tel John Bolton, Sous-secrétaire d'État à la maîtrise des armements). Les tensions verbales se font plus fréquentes entre Washington et Pyongyang, qui qualifiera même G.W. Bush de « lèpreux mental », ce qui sonne comme une déclaration de guerre. Pyongyang reprend en main la situation politico-militaire du pays et développe une nouvelle stratégie axée autour d'une propagande favorable à l'armée, ce qu'emblématise le slogan «Military First. ». Une large polémique s'engage alors concernant l'accord-cadre de 1994, le Nord réclamant des dédommagements en compensation des retards, ce à quoi Washington menace de se retirer de l'accord-cadre si la Corée du Nord ne laisse pas les inspecteurs de l'AIEA effectuer les visites prévues.

Dénoncée et stigmatisée par les États-unis, la menace militaire nord coréenne est elle une réalité ou relève-t-elle de la fiction ? On soupçonne alors une vente de missiles dérivés des Scud soviétiques vers le monde arabe. Israël soupçonne également la Corée du Nord d'avoir exporté des missiles balistiques en Syrie, en Égypte et en Libye. Ceci alors que l'administration Bush s'inquiète des relations de la Corée du Nord avec l'Iran ou le Pakistan. La Corée du Nord serait-elle le premier exportateur mondial de missiles balistiques, comme l'a suggéré Condoleezza Rice en février 2002 ? Il semble clair que le problème de la Corée du Nord ne s'inscrit plus aujourd'hui dans une problématique régionale, circonscrite à l'Asie du Nord-Est. Soupçonnée d'être liée au terrorisme mondial et potentiellement pourvoyeur d'armes aux pays du Proche-Orient, la Corée du Nord s'inscrit dans toutes les problématiques de ce nouveau siècle, qu'il s'agisse du conflit indo-pakistanais ou israélo-palestinien, en passant par la menace meurtrière qui pèse sur les pays occidentaux et la guerre en Irak.


En 2003, une nouvelle crise nucléaire vient alourdir ce climat de suspicion extrême.

En 2002, James Kelly, Secrétaire d'État adjoint des État-Unis, se rend en Corée du Nord pour dévoiler des preuves d'un renouvellement de l'activité nucléaire de la Corée du Nord, qui n'utiliserait plus le plutonium mais l'uranium. La Corée du Nord adopte une position peu claire en désavouant ce programme, puis avoue pour se désavouer à nouveau. L'administration Bush envisage un  possible traité avec le Pakistan : en échange de missiles coréens le Pakistan offrirait la technologie de pointe pour enrichir l'uranium. Une autre hypothèse de vente d'uranium enrichi à des groupes terroristes, à des fins d'équilibrage du régime et de stabilisation de l'économie, est également envisagée. Les État-Unis veulent empêcher la mise en place d'une usine d'enrichissement d'uranium à tout prix, et s'opposent fermement à Pyongyang qui s'apprête à rouvrir le site de Yongbyong après l'expulsion des inspecteurs de l'AIEA. L'AIEA exige l'arrêt par la Corée du Nord de tout programme nucléaire et saisit le conseil de sécurité de l'ONU. La Corée du Nord prend alors peur que les États-Unis ne respectent pas leurs engagements de 1994 dans un contexte où la Corée du Nord a crucialement besoin de l'aide extérieure, surtout depuis la réforme économique de 2002. Le pays veut également la garantie qu'elle conservera sa souveraineté face aux Etats-Unis et à leur doctrine préventive révélée au grand jour par l'invasion de l'Irak.

Le recul américain, la montée de l'antiaméricanisme et d'une volonté d'émancipation de l'Asie jusqu'alors contrainte par la présence et la tutelle américaine peuvent constituer un facteur de rapprochement de ces pays envers la Corée du Nord. Il faut au préalable noter qu'un processus de retrait des troupes américaines a été engagé dès le retrait des troupes soviétiques d'Asie après la chute du bloc. Il a seulement été interrompu en Corée du Sud et en partie au Japon, où demeurent les dernières troupes. Notons également que la volonté américaine d'instaurer un bouclier antimissile est grandement contestée par les puissances d'Asie, Russie, Chine mais aussi par le Japon et la Corée du Sud.

En effet, la stratégie de rupture américaine entraîne une distanciation de ses relations avec Séoul et Tokyo, qui espèrent assouplir le régime de la RPDC plutôt par une coopération économique et politique que par des moyens coercitifs. Cette attitude plus conciliante n'empêche pas le Japon et la Corée du Sud de se lasser de l'asymétrie des relations que la Nord entretient avec eux, ainsi que du flou continu de la politique de celle-ci. La question de savoir si la négociation est possible avec la Corée du Nord, si le régime a la capacité réelle de se réformer et quel degré de confiance il est possible de lui accorder est cruciale dans la détermination de la ligne de conduite de Tokyo et de Séoul, que ce soit en opposition ou non aux podes politiques américaines. Il est surtout essentiel pour Séoul de savoir concilier la ligne politique préconisée par Washington, garant de sa sécurité, avec sa volonté de voir s'abolir la tutelle américaine et de se voir reconnaître un rôle stratégique à part entière. Bien que le processus de retrait des troupes américaines du territoire sud-coréen ait été entamé avec la fin de la guerre froide, une partie du retrait avait été gele suite au renouveau des tensions avec le Nord. Pour accélérer son émancipation, Séoul procède ainsi à une « coréanisation » progressive de son appareil de défense.

Il ne faut, d'autre part, plus négliger l'influence de la Russie, dont le rôle a évolué depuis la chute de l'URSS. En visite le 19 juillet 2000 en Corée du Nord les dirigeants russes, contre le projet américain de bouclier anti-missiles, espèrent faire pression sur le pays pour qu'il consente à abandonner le processus de fabrication de missiles. Cela permettrait de faire perde toute légitimité au projet américain. L'influence russe est pourtant limitée par celle de la Chine, qui elle ne fait que grandir qu rythme de sa formidable expansion économique.

Depuis 2003, la politique étrangère chinoise évolue et s'avère marquée par un certain pragmatisme reconnaissant les intérêts vitaux de la Corée du Nord  tout comme l'importance du lien avec les États-Unis. La chine recherche une solution pacifique des problèmes posés par le programme nucléaire coréen, dans la mesure où son développement économique repose sur la stabilité et la paix dans la région. La Chine s'impose de plus en plus comme le nouveau médiateur dans les relations avec la Corée du Nord. Par son rôle désormais incontournable, la Chine espère ainsi peser contre le projet américain de bouclier antimissiles. Les actions de la Chine sont toutefois liées à la nécessité de conserver une entente avec les Etats-Unis pour éviter une confrontation du même type que la Guerre Froide. Peut-on envisager une coopération entre Chine et Corée du Nord nucléaire contre la puissance américaine en Asie Orientale ? Les Américains ne sont plus en position d'être les gendarrmes ni les médiateurs du monde, mais apparaissent de plus en plus comme un danger. La Chine a dès lors intérêt à limiter influence américaine dans la région pour pouvoir y conserver suffisamment d'autonomie, notamment en ce qui concerne Taïwan.

Les faiblesses de la Corée du Nord sur le plan international se multiplient et sont autant de facteurs de crises. La faiblesse de la Corée du Nord apparaît comme son meilleur argument, au motif qu'elle peut éclater à tout moment et entraîner de graves répercussions sur l'équilibre stratégique et économiques de l'Asie.

D'ordre relationnel, ces faiblesses concernent tout d'abord les liens que la Corée du Nord entretient avec le Japon et la Corée du Sud. L'éloignement de ces deux pays de la politique américaine aurait pu contribuer au rapprochement durable avec la Corée du Nord. Pourtant, la normalisation des relations avec le Japon a subi un échec patent, et depuis l'incident naval du 29 juin 2002 Séoul et Pyongyang sont plus distants l'un envers l'autre. Un nouveau cycle de dialogue à l'initiative de Pyongyang aurait pu rompre avec un siècle d'animosités. Permettant au Japon d'avoir une place dans un jeu coréen dont il a longtemps été tenu à l'écart, il permettait à la Corée du Nord de mieux intégrer des éléments de l'économie de marché. Mais malgré les excuses faites par Pyongyang au sujet des citoyens japonais enlevés et rendus à leur pays ainsi qu'au sujet de l'abandon du principe de réparations de guerre, le processus de réconciliation fut en partie entravé du fait des révélations faites par les États-Unis concernant un nouveau programme nucléaire (crise nucléaire de 2003). Le danger que représente le processus de normalisation est trop important pour le Japon, qui devrait pour cela s'émanciper de la protection américaine, n'effectue pas de rapprochament substanciel avec la RPDC. Concernant les relations inter-coréennes, l'incident naval de 2002 a provoqué une reprise de la méfiance. L'attaque du bâtiment sud-coréen par le Nord serait il délibéré afin de montrer que le Kim Jong-Il exerce un contrôle fort sur une armée puissante et que le régime à encore la capacité de survivre ? Marqué depuis l'incident par une politique dite des  « petits pas », le dialogue sur la péninsule n'a pour autant jamais été interrompu, bien qu'il ait à subir les pressions de plus en plus pesantes du contexte extérieur.


Face au problème humanitaire posé par une crise des réfugiés de plus en plus préoccupante et devant le désaveu que subissent les États-Unis en Asie, en quoi pouvons-nous dire que les puissances actuelles sont des puissances du statu quo ?

Les États-Unis, principal pourvoyeur avec le Japon de l'aide alimentaire via le Programme Alimentaire Mondial (PAM), ont sensiblement réduit leur assistance annuelle. Cette dernière est passée de 350.000 tonnes de denrées alimentaires à 155.000 tonnes quelques années plus tard, soit une réduction de 50 %. De plus, il n'est pas possible de connaître la proportion de l'aide revenant directement à la population, puisque celle-ci est souvent est confisquée par les militaires et les hauts placés du régime. 

La détérioration de la situation interne induit de nombreux flux d'immigrés de plus en plus difficiles à gérer, malgré un accord paraphé en 2002 par la Chine et la Corée du Sud stipulant le retour des migrants en Corée du Sud. L'effondrement du régime du Nord et l'afflux d'immigrés qui en résulterait auraient de graves conséquences en ce qui concerne la stabilité économique et politique du Sud.

L'équilibre qui s'est installé dans la région veut être préservé par la plupart des pays de la région (six pays prennent part aux négociations). La chute du régime et la réunification, bien que leur intérêt du point de vue humaniste, social ou encore démocratique soit avéré, présente de gros risques de déstabilisation. Du fait de la présence de minorités coréennes en Chine, en particulier au nord-est du pays, la réunification de la péninsule coréenne serait susceptible d'entraîner des revendications nationales en provenance des minorités de Chine. La Corée du Sud est devenue une vraie démocratie dans les années 1980 et est de fait accepté au sein la communauté internationale. Pourtant, le spectre d'une guerre interétatique ou civile plane encore du fait du fossé social, économique et idéologique qui sépare les deux Corées.  De plus, la réunification instaurerait à terme une nouvelle puissance dont aucune des grandes puissances actuelles ne veut être l'instigratrice. Avec la réunification, la présence militaire américaine en Asie et les accords militaires avec Tokyo et Séoul perdraient leur raisons d'être, fragilisant la position de ces deux pays. Il faut également s'interroger sur les intentions réelles des Etats-Unis. Correspondent-elles à la lutte contre le terrorisme et la prolifération nucléaire ? Nous pouvons également imaginer que la présence de la première puissance mondiale en Corée du Sud et au Japon s'inscrit dans une politique d'approfondissement des relations avec la Chine Populaire, afin de pouvoir en endiguer ou du moins en circonscrire l'expansion. La Chine, méfiante, a peur que le bouclier antimissile la vise elle plutôt que les « États voyous ». L'Asie Orientale et pacifique sera-t-elle le théâtre d'une nouvelle Guerre Froide ? Le problème coréen pourrait bien être le catalyseur de ce conflit en brisant l'équilibre fragile des puissances du statut quo.

Ici encore, le ralentissement du processus de réunification des deux Corées peut s'expliquer, car permet de gagner du temps. Rajoutons pour finir qu'une réunification de la péninsule serait la fin du régime de Pyongyang, finalité qui se pose en contradiction avec les objectifs de survie du régime. Nous l'avons vu, les raisons de la conservation du statu quo de la péninsule coréenne sont plus profitables pour le moment au maintient de l'équilibre politique comme économique de la région.


Quelles solutions doit-on alors envisager pour sortir de l'impasse actuelle ? Une intervention américaine ne doit être que l'ultime recours, d'autant plus qu'elle présente des risques d'extension du conflit à d'autres pays. Les États-Unis font face à un dilemme : peuvent-ils s'abstenir d'une guerre coûteuse sans faire preuve de faiblesse ? Le contexte de la guerre en Irak, même si un désengagement rapide se profile avec l'arrivée de Barack Obama à la présidence, les oblige pour le moment à reporter la décision et à préserver le statut quo. Les États-Unis doivent en outre combiner un rôle global avec un rôle régional marqué par des relations compliquées avec la Chine et la Japon. Une politique globale et unique pour l'ensemble de l'Asie n'est plus possible à maintenir.

L'Union Européenne est un nouvel acteur en Asie pacifique qui représente de nombreuses possibilités de développement et d'échanges, favorisant la coopération dans tous les domaines. L'assistance économique fournie par l'Union Européenne vers la Corée du Nord n'est pas négligeable, puisqu'elle se monte à 244 millions d'euros entre 1995 à 2002, par le biais de l'aide alimentaire et du financement du consortium de la KEDO. L'Union Européenne peut d'autre part servir de modèle de construction pour l'avenir. Un processus de réconciliation inspiré du modèle franco-allemand, ainsi qu'un processus de réunification à l'image du processus allemand depuis les années 1990, bien qu'ils apparaissent pour le moment encore très idéalistes, peuvent par les enseignements qu'ils procurent favoriser le rapprochement intercoréen et asiatique.


CONCLUSION


Les négociations portant sur le statut de la Corée du Nord se font désormais à six : les deux Corées, les États-Unis, le Japon, la Chine et la Russie. Même si les États-Unis se sont engagés à ne pas attenter au territoire nord coréen par la force militaire si la Corée du Nord met fin de « manière irréversible et vérifiable » à tout programme nucléaire, toutes leurs initiatives resteront certainement sans effets tant que Kim Jong-il ne recevra pas d'engagement à même d'assurer la sécurité qu'il prône pour son pays. Ou pour le dire autrement, la garantie de son maintien au pouvoir.



Par Sophie Missud et Matthieu Roger




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