"Le conflit Israélo-palestinien peut il être résolu?"





Ilan Greilsammer, professeur de sciences politiques à l'université Bar-Ilan de Tel-Aviv et spécialiste de la politique israélienne, a donné le 20 novembre 2008 à l'Institut d'Études Politiques de Lille une conférence sur le thème « Le conflit israélo-palestinien peut-il être résolu ? ». Le Cercle ERIS retranscrit ici pour vous l'essentiel des propos de son intervention.


À l'heure actuelle, après 60 ans de conflit, l'État d'Israël est un des vingt pays les plus riches du monde. Il poursuit aujourd'hui deux objectifs principaux. Premièrement, il entend être reconnu en tant qu'entité étatique souveraine par tous les autres pays du Proche et Moyen-Orient. Deuxièmement, il s'emploie à maintenir sa supériorité militaire sur les États arabes. Cette supériorité militaire est qualitative et non quantitative : aviation de très haut niveau, force nucléaire, troupes motivées, moyens technologiques supérieurs. Tout cela avec l'aide pour l'instant jamais démentie des États-Unis. Mais il n'en reste pas moins que Tsahal a du mal à convaincre face à des groupements armés opérant selon des techniques guérillas. L'exemple le plus récent est l'échec de l'invasion du sud-Liban (1). De plus, Israël redoute que l'arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche ne vienne infléchir en sa défaveur la politique américaine.

En ce qui concerne les gouvernements arabes modérés du Moyen-Orient, ils considèrent eux aussi le terrorisme islamique et le potentiel nucléaire iranien comme deux graves dangers (2). Seulement ils pensent, contrairement à Israël, que ces menaces sont inextricablement et directement liées à la question palestinienne. Le courant arabe fondamentaliste, celui du Hamas (3) par exemple, refuse quant à lui de reconnaître l'État d'Israël et n'envisage de trêve que si celle-ci n'est que temporaire.


Il ne faut pas perdre de vue le fait qu'un très grand fossé sépare Israéliens modérés et Palestiniens modérés. La haine qui a cours depuis 60 ans n'a en effet pas laissé de place à un processus salateur de compréhension mutuelle. Notons toutefois que les Palestiniens et Israéliens les plus modérés ont signé récemment le pacte de Genève, qui définit aux yeux de la communauté internationale la ligne médiane qui pourrait servir de base à une nouvelle feuille de route vers la paix. Ilan Greilsammer discerne alors quels pourraient être les trois grands piliers de résolution du conflit israélo-palestinien :
 
-       La question des frontières du futur État palestinien. Tout en sachant que la cohabitation avec l'État d'Israël sera inévitable. Les colonies juives devront être évacuées. La réponse de ce problème pourra peut-être se trouver dans un échange de territoires. De fait, seule la richesse humaine du peuple palestinien pourra le sauver, car aucune ressource de valeur n'est malheureusement disponible sur les très étroits territoires de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza.

-       Le problème des réfugiés palestiniens. Greisalmmer propose  d'établir en ce qui les concerne une reconnaissance purement symbolique d'un droit au retour en Palestine, qui serait concomitante avec une indemnisation versée par la communauté internationale.
 

-       La lutte pour la souveraineté sur Jérusalem, qui est un problème encore plus insoluble que les autres puisqu'il concerne à la fois l'ensemble du monde juif et l'ensemble du monde islamique. Il faudrait dans l'idéal qu'Israël et l'État palestinien arrivent à conclure un accord de partage de souveraineté sur ce petit rectangle de territoire. Greilsammer pense d'ailleurs que Jérusalem est le seul endroit du monde, avec l'Antarctique, qui mériterait de ne dépendre d'aucune souveraineté nationale.







Par Matthieu Roger



(1) L'armée israélienne a combattu les milices du Hezbollah libanais, constitués de Libanais chiites. Ces milices sont à distinguer du Hamas de Gaza, constitué lui de Palestiniens sunnites. Ces deux partis fondamentalistes haïssent Israël et sont soutenus directement par l'Iran depuis Téhéran.
 
(2) Pour une majorité des Israéliens, la résolution de la menace nucléaire iranienne doit passer avant la résolution de la question palestinienne. On retrouve notamment cette ligne politique chez les conservateurs israéliens.
 

(3) Le quartier général du Hamas se trouve à Damas, sous la protection du gouvernement syrien.


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