Éditions Perrin, 2004
Je suis loin d’être un inconditionnel des dictionnaires en tous genres. Bien qu’utiles, ceux-ci souffrent la plupart du temps d’une présentation plutôt rébarbative, et leur nature à la fois exhaustive et énumérative ne constitue pas un mode d’apprentissage très attractif. Heureusement, on tombe de temps sur quelques « pépites », dont ce Dictionnaire Perrin des guerres et des batailles de l’histoire de France édité en 2004. Grâce à une présentation aérée et une typographie agréable, agrémentées de soixante-quinze cartes inédites, le lecteur se voit convié à parcourir l’intégralité de l’histoire de France et à revivre la centaine de guerres et le demi-millier de batailles majeures qui l’ont jalonnée. Les Éditions Perrin ont fait fort en rassemblant sous la direction de Jacques Garnier, membre de la Commission française de l’histoire militaire et de la Société de l’histoire de France, vingt-six des meilleurs historiens militaires français, dont, entre autres, Bernard Coppens, Philippe Contamine, le général Jean Delmas ou encore Thierry Lentz. Les articles qui présentent l’intégralité d’un conflit sont bien sûr plus développés que ceux présentant les batailles, mais on appréciera fortement le fait que ces derniers soient systématiquement introduits par un bref paragraphe exposant le contexte historique et militaire des combats. En outre, la nomenclature des guerres et des batailles située en fin d’ouvrage se révèle extrêmement précieux pour quiconque voudra procéder de manière chronologique ou simplement revenir sur une guerre en particulier ainsi que sur les engagements qui l’ont émaillée.
Plus qu’une simple compilation guerrière, ce dictionnaire est une invitation perpétuelle à se replonger dans ces batailles qui aujourd’hui font partie intégrante de notre patrimoine historique national. C’est à mon avis une grave erreur que de dénigrer ce que certains ont appelé parfois avec dédain l’« histoire bataille ». Comme le rappelle Jean Tulard dans sa préface, Napoléon lui-même considérait l’analyse des batailles comme un champ d’études et de d’enrichissement incontournable : « La bataille est une action dramatique qui a son commencement, son milieu et sa fin. L’ordre de bataille que prennent les deux armées, les premiers mouvements que fait l’armée attaquée forment un nœud, ce qui oblige à de nouvelles dispositions et amène la crise d’où naît le résultat ou dénouement. ». On peut ainsi redécouvrir certains conflits et batailles sortis de la mémoire collective, telles ces trop méconnues Guerres de Religions qui mirent s à feu et à sang le royaume de France pendant trente-six ans (1562-1598), excellemment narrées par Jean-Paul Le Flem. De même, on découvre ou redécouvre au fil des articles les premières invasions celtes, la Praguerie de 1440, les campagnes navales contre les Barbaresques (1681-1688), l’expédition d’Espagne de 1823, la guerre du Kosovo (1998-1999), etc., autant de dates, de lieux et d’hommes qui rappellent le rayonnement international et la richesse exceptionnelle de l’histoire militaire française. Nul doute que les passionnés de stratégie et de tactique trouveront dans ce livre qui respire le fracas des mêlées matière à étancher leur soif inextinguible de connaissances polémologiques.
Par Matthieu Roger